Minuit moins le quart, y’a rien qui peut m’arracher à ce monde et m’offrir un peu de sommeil, encore un soir. Encore un soir à entendre cette petite boule en dedans de mon estomac qui crie, qui hurle sans pourtant faire un seul bruit. C’est probablement rien, un p’tit rien du tout qui va passer et qui va se rendormir pour un p’tit bout de temps… probablement. Mais même sans bruit, les hurlements de ma petite boule noir finissent par me défoncer les tympans. Un mince filet de sang s’échappe de mes oreilles. Elle continue de crier toujours plus fort et plus violemment, sans qu’aucun son ne me parvienne. Les mots se sont envolés avec l’espoir et l’amour il y a bien trop longtemps, leur musique m’est à présent inconnue. Je suis paralysé; au centre d’un vortex constitué de mon passé, mon présent et même mon futur. Sale prison qui me dépouille peu à peu de mon corps, de ma propre chair. Les couleurs, en perdant leur éclat, sont devenues ternes et froide. Pourtant, même lorsque je déposent mon front sur elles, je ne sens rien. Ni chaud, ni froid, les flammes de l’enfer pourraient lécher mon corps et je ne ferais que m’éteindre sans un mot, sans une sensation. Et tout ça parce que qu’un jour l’homme doit bien ouvrir ses yeux un peu plus grand et voir le Vide. Le Vide qui se creuse tout autour de nous et qui plonge dans la souffrance même les plus beaux souvenirs. Le Vide qui peu à peu nous vole tout notre oxygène..
A.