Ce n’est plus un appel ou un message texte que j’attend, c’est une révélation de Dieu, un acte divin pour me prouver que j’existe encore dans ses yeux. J’ai passé la nuit entière, couché dans mon lit, à fixer mon cellulaire en espérant de plus en plus à chaque seconde le sentir vibrer, entendre la sonnerie qui me casse les oreilles depuis 2 ans. Rien. Absolument rien. Pas un son. Même pas une p’tite vibration. Elle doit dormir, à 5 heure du matin c’est bien normal. Je devrais dormir moi aussi, il ne reste que deux heures avant que Nick viennent me chercher. Deux heures. Cent vingt minutes. Beaucoup de secondes. Assez de secondes peut-être pour qu’elle me rappele. Pourquoi espérer? L’espoir a toujours été vain. En tout cas dans ma vie. Le pire c’est que si elle ne me fait pas signe bientôt j’aurai pas le temps de la voir avant qu’il ne soit trop tard.
Pourtant, au début j’étais vraiment exité par l’idée d’une aventure digne d’un film hollywoodien. Ça faisait au moins trois ans qu’on y rêvait et qu’on planifiait de partir. À peine une heure avant le décollage de l’avion, l’aéroport est bondé, il fait atrocement chaud, j’attend encore son appel, je ne veux pas qu’on discute de notre dispute d’hier, ni qu’on recommence à se crier après pour des conneries. Je veux juste lui dire que je l’aime avant de m’en aller. Mathieu tourne la tête vers moi d’un air perplexe:
- T’as pas trop l’air de bonne humeur à matin toi, lance-t’il.
- Ça va, inquiète toi pas.
- Bah dit-le à ta face, c’est pas le temps d’avoir la tête plein d’idée noire sinon ça arrêtera pu, a va encore être là quand on va revenir. On part juste un mois, c’est pas la fin du monde, tu l’appeleras quand on arrivera si tu veux vraiment lui parler tout de suite. Anyway, c’est sûr qu’elle dort à cette heure là. Surtout si est sortie hier..
- Je sais… C’est bon, je ferme mon cellulaire, je l’appelerai demain pour lui raconter comment le voyage s’est passé.
Math à raison, ça sert à rien d’espérer, je l’ai toujours su. Je prend quand même le temps de lui envoyer un message texte avant d’éteindre mon appareil. Rien de bien compliquer, rien qui sort de l’ordinaire, juste un petit mot pour lui dire qu’elle va me manquer et que je l’aime. Je somnole le reste du temps d’attente, la nuit a été pénible.
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- Allez! Prend tes bagages c’est l’heure!
Nick est toujours la bonne personne pour vous réveiller d’une manière brutale et désagréable, c’est efficace soutient-il. Je me lève donc, et l’air un peu blafard je m’avance vers l’agent de l’aéroport pour faire vérifier ma carte d’embarquement. Tout est ok. On embarque dans l’avion.
- J’avais oublié à quel point les bancs dans ces avions-là étaient confortables, lance Nick.
Assez vite, je me rend compte du sarcasme derrière ces paroles, c’est de la merde le confort en avion, en plus il faut traverser tout l’océan. Un trip autour de l’Europe, quand on a lancé l’idée j’ai probablement été le premier à me proposer pour y aller. Le sens de l’aventure j’ai ça dans le sang ! Colomb était probablement un de mes descendants ! Aujourd’hui je suis un peu moins confiant, c’est la première fois de ma vie que je prend l’avion et je dois m’avouer que ça me stress un peu, même pas mal. En plus, c’est aussi la première fois que je vais être aussi loin de chez nous, si j’ai un problème, y’a que sur moi que je peux compter. Faut pas que je l’oubli. J’ai habiter presque deux ans à Montréal, mais la métropole est comme un hamster à côté d’un chat affamé si on la compare à ce qu’on s’apprête à faire.
- Hey les gars, le réalisez-vous? On s’en va, c’est maintenant, on part, on s’en va découvrir le monde. Dit Math, dont l’enthousiasme serait difficile à cacher.
Ouais, je le réalise, t’as pas idée à quel point je le réalise. On s’en va, avec presque rien, dans une place qu’on connaît pas, pour faire un trip autour de l’Europe, rencontrer des inconnues, apprendre leurs coutumes puis vivre comme des bohémiens. Faut que j’arrête d’y penser, m’a finir par me convaincre que j’ai même jamais eu envie d’y aller. C’est faux, c’est juste parce que c’est à elle que je pense, pas au voyage… Peut-être que je devrais rester ici finalement, tout abandonner…
- Bonjour et bienvenue sur le vol Montréal direction Paris, je m’appele James et je serai votre pilote tout au cours du voyage, veuillez s’il-vous-plaît attacher vos ceintures nous sommes sur le point de décoller.
La voix dans le haut parleur pertube mes pensées, trop tard, trop tard pour me sauver maintenant. Les agentes de bord vérifient que tout le monde soit bien attacher et l’avion s’engage sur la piste et finit par décoller. Mon coeur fait milles bonds dans mon corps, il est sur le point de me fracasser la cage thoracique j’en suis sûr. Math me regarde et me demande si tout va bien. Je lui répond que oui, me cramponne à mon siège et me rappele que statistiquement parlant, c’est plus probable de faire un accident en voiture qu’en avion. Après que le voyant lumineux nous indiquant de rester attacher s’éteint je m’empresse d’attraper quelques gravol que je m’étais glisser dans les poches et d’un trait je les avale. En peu de temps, la somnolence est insupportable et je fini par me laisser aller.
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Combien de temps s’est passé? J’en ai aucune idée. Qu’est-ce qui se passe? Une autre question sans réponse. Je me réveille, secoué, et je m’aperçois assez rapidement que Math et Nick n’ont plus l’air de rire, ni de s’amuser. Leur visage est crispé, leurs mains s’aggripent à leur siège. Une secousse frappe l’avion, l’appui-bras vient m’écraser les côtes. La douleur est vive et me tire de l’état rêvasseur dans lequel j’étais plongé. Quelque chose se passe, quelque chose de grave. La voix du pilote résonne dans l’avion.
- Chers passagers nous traversons quelques difficultés techniques, veuillez garder votre calme et rester assis à votre place, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour parvenir à régler la situation.
Mes yeux s’aggrandissent. Problèmes techniques ça n’a jamais sonné super bien à mes oreilles. Problèmes techniques, problèmes techniques, c’est pas le temps d’avoir des problèmes techniques, si je regarde à l’extérieur tout ce que je peux voir c’est de l’eau, de l’eau et encore de l’eau. L’anxiété monte, l’exitation est à zéro, l’attente est insupportable, surtout avec toutes ces secousses qui viennent nous rappeler que tout ne vas pas bien.
Soudain on entend le bruit d’une déflégration, Nick et Math regardent de mon côté, leurs yeux me prient de leur dire que tout est bien à l’extérieur. Le bruit venait du côté où je suis assis. Après quelques secondes d’hésitement je jette un coup d’oeil à travers le hublot. Je me retourne aussitôt vers mes deux amis, mais la terreur me noue la gorge et je n’arrive pas à dire un mot. Des larmes viennent brouiller ma vision. Math, affolé, se détache en une fraction de seconde et regarde à l’extérieur à son tour. Une des turbines est en feu, on va s’écraser, j’en suis sûr. Les masques à oxygène d’urgence tombent et le commandant nous demande de rester assis et de garder le calme, une fois de plus. Comment garder le calme dans une situation comme celle-ci. Quelques instants plus tard, l’avion commence à perdre de l’altitude et lorsque la vitesse devient considérable et que la collision est imminente, je m’évanouis, trop excédé pour participer à se spectacle en étant conscient.
à Suivre.
A.Faucher